Quand on saisit le même montant sur le même type d’opération chez Airtel Money et chez Moov Money, le résultat est souvent identique au franc près. C’est troublant. Sur un marché supposé concurrentiel, on s’attendrait à des écarts. Voilà ce qui se passe — et le seul cas où la règle ne tient plus.

Trois opérations sur quatre : identiques

Sur les quatre grandes catégories d’opérations Mobile Money au Tchad :

  • Transfert même opérateur : 0,7 % du montant chez Airtel, 0,7 % chez Moov. Identique sur toute la tranche 100 – 428 571 FCFA. Au-delà (jusqu’au plafond de 500 000 FCFA), forfait de 3 000 FCFA chez les deux.
  • Retrait cash chez un agent : 3 % du montant chez Airtel, 3 % chez Moov, jusqu’à 166 666 FCFA. Au-delà, forfait de 5 000 FCFA chez les deux.
  • Paiement marchand : tarif non documenté chez Airtel ; gratuit chez Moov.

Pour les deux premières catégories, qui représentent l’écrasante majorité des transactions, la concurrence ne se joue pas sur le prix. Elle se joue sur la qualité du réseau d’agents, la rapidité de l’app, la fiabilité du service.

L’exception : les transferts inter-opérateurs

C’est sur les transferts entre Airtel et Moov — passant par le système GIMAC mis en place par la BEAC pour permettre l’interopérabilité dans la zone CEMAC — que les approches divergent radicalement :

  • Airtel applique un tarif au pourcentage : 4 % du montant jusqu’à 250 000 FCFA, puis un forfait de 10 000 FCFA.
  • Moov applique une grille forfaitaire par tranche : 300 FCFA en bas de la grille, jusqu’à 3 500 FCFA pour les plus gros montants (jusqu’à 5 000 000 FCFA pour cette opération).

Sur un envoi de 50 000 FCFA d’Airtel vers Moov, vous paierez 2 000 FCFA chez Airtel (4 %), contre 1 500 FCFA chez Moov (forfait de la tranche 30 000 – 60 000). Sur un envoi de 100 000 FCFA, l’écart se creuse : 4 000 FCFA chez Airtel contre 2 500 FCFA chez Moov.

Pour les transferts inter-opérateurs, choisir l’opérateur d’envoi compte.

Pourquoi cette harmonisation sur le reste ?

Aucun document public ne le formalise explicitement, mais plusieurs hypothèses se croisent :

  • Cadre réglementaire BEAC / COBAC : la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) et la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC, organe de la BEAC) fixent un cadre commun pour les services de paiement dans la zone CEMAC, qui inclut des planchers et plafonds en matière de tarification.
  • Alignement concurrentiel naturel : sur un duopole, quand l’un baisse un prix, l’autre suit. La convergence est inévitable au fil des années.
  • Marché peu mature en différenciation : les opérateurs préfèrent investir dans la couverture et l’accessibilité plutôt que dans la guerre des prix. Selon le GSMA State of the Industry Report 2023, l’Afrique sub-saharienne concentre l’essentiel de l’activité Mobile Money mondiale (autour de 763 millions de comptes enregistrés), mais reste à un stade où l’élargissement de l’accès prime sur l’optimisation des marges.

Ce que disent les chiffres : la concurrence Airtel/Moov au Tchad ne se joue pas sur le prix des opérations courantes. Pour le grand public, il n’y a pas d’arbitrage tarifaire à faire — sauf, encore une fois, sur les transferts inter-opérateurs.

Ce que ça change pour vous

  • Pour les opérations courantes (transfert au sein du même opérateur, retrait), prenez celui que vous avez déjà. Pas d’économie à attendre.
  • Pour un transfert inter-opérateurs, comparez. Sur des montants > 30 000 FCFA, l’écart peut atteindre plusieurs centaines, voire milliers de FCFA.
  • Méfiez-vous des affirmations généralistes du type « Moov est moins cher » ou « Airtel est plus cher ». La vérité dépend du type d’opération et du montant.

Sources

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